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De l’Australie aux 2 Alpes, qui est le Chef étoilé Mathew Hegarty ?

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Mathew, c’est le très talentueux Chef étoilé du Chalet Mounier aux 2 Alpes et c’est aussi le participant de Top Chef qui a rendu son tablier hier lors du dernier prime. À notre humble avis c’est le genre de très mauvais choix que les juges vont regretter immédiatement… et pour toujours. Mais bon, égoïstement on ose dire que ce n’est pas si grave parce qu’il est de retour à la maison pour nous régaler, nous, qui apprécions ses qualités à leur juste valeur ! 

 On a rencontré Mathew une 1ère fois pour qu’il nous raconte son aventure dans le concours Top Chef.
Mais ce qu’on veut savoir aujourd’hui, c’est qui est vraiment Mathew et comment il se retrouve Chef étoilé en plein cœur de nos magnifiques sommets Alpins, majestueux et enneigés, alors qu’il est originaire d’une île paradisiaque, chaleureuse et flamboyante : L’Australie.
Alors c’est parti, à nous 2 Mathew ! :)  

Mathew Hegarty ski Amandine LRX 7

 

- Amandine : Bonjour Mathew, d’où viens-tu en Australie ? Quel âge as-tu ?

- Mathew : J’ai grandi à 1 heure de Sydney, dans une petite ville de la taille de Grenoble, aux pieds des Blue Mountains. J’ai 30 ans.

 

- A : Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire de la cuisine ? Un rêve de gosse ?

- M : Mon frère ! C’est quelqu’un que j’estime et que j’admire énormément. A la base je ne prévoyais pas de faire de la cuisine, j’ai fait les beaux-arts. J’ai même postulé plusieurs fois chez Disney pour être dessinateur mais ils ne voulaient pas de moi (rires). Puis un jour quand j’avais 13 ans, mon frère qui travaillait dans un bon restaurant m’a demandé de le rejoindre, juste pour dépanner les week-ends, à la plonge. J’ai fait des extras et ensuite j’ai continué comme commis.

- A : Et c’est à ce moment-là que tu t’es dit «j’adore, je veux faire ça toute ma vie » ?
- M :
Non au début c’était vraiment pour passer du temps avec mon frère. J’adorais pouvoir être avec lui tous les week-ends. En Australie globalement on est très nuls en cuisine. On passe peu de temps à table et ce qu’on mange est triste. Par exemple mon père (que j’aime plus que tout hein, pardon Papa) il ne sait même pas faire cuire des œufs correctement… Bref c’est une catastrophe. Donc petit à petit j’ai pris goût à étudier tout ça. C’était une belle découverte pour moi. J’ai finalement fait un apprentissage en 4 ans, après les beaux-arts, pour en faire mon métier.  

- A : Ton frère fait toujours de la cuisine du coup ?
- M
 : Non plus du tout.

- A : Ah Ok, il fait du dessin peut-être ? ;)   
- M
 : (rires) Et non il est militaire. Il voulait servir son pays, comme notre père.

 

- A : Est-ce que ton côté artistique t’inspire pour ta cuisine ? 
- M :
Ça m’aide énormément. Sans être prétentieux, l’art ça ne s’apprend pas, c’est quelque chose qui est en toi… ou pas. Du coup ça m’aide pour les dressages mais pas seulement. En fait, au lieu de m’exprimer sur une toile je m’exprime dans mes assiettes, le support est différent mais ça reste une représentation artistique.  

 

- A : Comment t’es-tu retrouvé si loin de chez toi, en France ?

- M : La dernière année de mon apprentissage j’ai décroché une bourse. Je suis venu en France grâce à un ami qui travaillait chez Yannick Delpech, Chef 2 étoiles à Toulouse. Il m’a proposé une place. J’ai fait ma valise et j’ai attaqué immédiatement.

- A : Direct avec un Chef doublement étoilé. Pas trop dur ?  
- M
 : Si ! C’était hard ! Surtout que la dernière année de mon apprentissage j’ai fait de la pâtisserie donc je manquais de pratique en cuisine. C’était l’enfer…

Je te raconte mon 1er jour ? En Australie je faisais des journées de 8h. 1er jour au resto de Yannick Delpech à Toulouse, je suis arrivé à 7h du mat. Je ne parlais pas un mot de Français. A 16h on s’est arrêtés et j’ai dit bye bye ! Tout le monde m’a répondu « à ce soir ».  J’ai demandé à mon pote ce que voulait dire « à ce soir » il m’a traduit « see you tonight ». Je lui ai dit « mais c’est une blague ? » Lui : « non on reprend dans 1h pour le service du soir ». Je me suis liquéfié ! (rires). C’était hyper dur pour moi ! Je ne comprenais rien, j’étais perdu. Et puis… au bout de 2 mois il m’a proposé de rester en tant que chef de partie. Je suis resté 1 an ½.

 

- A : C’était hard mais tu ne t’en es pas si mal sorti finalement… Quel a été ton parcours ensuite ?

- M : J’ai fait des saisons pour découvrir la France. Corse ; Haute Savoie, là où j’ai vu la neige en vrai pour la 1ère fois, c’était magique ! ; Bretagne ; Evian.

Puis je suis arrivé aux 2 Alpes. Pour 1 saison seulement à la base. Quand l’ancien Chef du P’tit Polyte (le resto du Chalet Mounier où Mathew travaille actuellement) m’a dit qu’il partait… Tout s’est accéléré dans ma tête. Je trouvais ma vie tellement magique ici aux 2 Alpes. Et encore plus au Chalet Mounier ! Travailler dans cet établissement c’est un rêve ! L’ambiance, l’univers, faire partie de cette équipe c’est incroyable, c’est comme ma famille. Alors… normalement je devais rentrer en Australie ou aller au Canada mais je me suis dit : non ce n’est pas possible, je dois rester.

Ptit Polyte Amandine LRX 2

 

Ptit Polyte Amandine LRX 1

 

- A : Et tu as bien fait… Félicitations pour ton étoile au Guide Michelin ! Qu’est-ce que ça représente pour toi ?  

M : Merci ! Mais c’est notre étoile, pas la mienne ! C’est un travail d’équipe.

Cette étoile est extrêmement importante pour moi, c’est un rêve d’enfant. J’ai commencé la cuisine à 13 ans, j’ai encore de vieux magazines ou je voyais les chefs étoilés de l’époque et je n’aurais jamais cru possible qu’un jour ce soit mon tour. Ça s’est réalisé ici et ça compte tellement. Attention, avec toute la brigade on ne cuisine pas pour l’étoile à la base, on cuisine par passion. Mais c’est une très belle reconnaissance. Beaucoup de chefs m’ont écrit des petits mots quand j’ai eu mon étoile, je garde un carnet précieusement avec tous les messages. Dont celui de Paul Bocuse, vraiment très classe.

Ptit Polyte Amandine LRX 3

 

- A : Quels produits aimes-tu particulièrement travailler ?

- M : J’aime beaucoup travailler les poissons. Et plus ça va, plus j’aime travailler du végétal. Pas pour les vegans, désolé mais je n’accroche pas trop avec ce mode d'alimentation. Mais j’aime les goûts purs des herbes, des feuilles, des légumes… Par exemple cet hiver on a testé une nouvelle entrée : la betterave cuite au charbon pendant 12h, le gout est juste magique ! On a trouvé un gout unique et exceptionnel avec une simple betterave. Je ne suis pas trop fan des produits nobles, je trouve ça un peu prétentieux. Je préfère les choses simples. Par exemple au début du printemps tu peux manger les jeunes pousses de sapin à cru, c’est très bon. Tu peux même manger des baby pommes de pin, quand elles ont la taille d’un ongle, pas encore d’écorce. C’est super bon !

Si, si, vraiment ! (je crois qu’il a vu à ma tête que j’étais un peu sceptique).

Crois-moi ! Je te ferai goûter, je t’inviterai un jour quand j’irai en chercher au printemps.

- A : OK, je te fais confiance, si tu me dis que tu aimes ça…

- M : Ah mais le sapin et moi c’est une grande histoire d’amour ! En ce moment au resto j’ai un bouillon de sapin avec du foie gras poêlé au sarrasin. C’est absolument exceptionnel. Je te jure.

- A : D’où ça te vient cette envie de sublimer les produits « simples » ?

- M : Ça je pense que c’est vraiment grâce à l’émission Top Chef. Ils m’ont appris à chercher les goûts et les saveurs dans la simplicité.

 

- A : Question plus « personnelle » : ton style est très affirmé pour un Chef étoilé qui a travaillé avec les plus grands, et…

- M : Hmmm je te coupe, c’est un compliment ça où t’es juste en train de me dire que je ressemble à rien là ?

- A : Non pas du tout, je ne me permettrais pas ! Mais c’est juste que tu n’as pas l’image typique qu’on se fait d’un Chef étoilé. On imagine plus quelqu’un de carré, sérieux et donc avec un style raccord avec ça. Enfin, je ne dis pas que t’as pas l’air sérieux… (oui, là je galère et je m’enfonce, mais il me regarde et il ne répond rien… je ne vous explique pas le malaise).

-  M : Non mais je comprends, je voulais juste te mettre un peu mal à l’aise…

- A : (rires) Et bien ça marche plutôt pas mal…

- M : En fait, ce n’est pas une critique, mais en France quand on vous dit Chef étoilé vous avez encore en tête l’image du chef traditionnel, habillé tout en blanc avec une grande toque sur la tête et rasé de près.

- A : Un peu Bocuse quoi.

- M : Exactement. Mais aujourd’hui les mentalités évoluent. Nous sommes nombreux à être des Chefs étoilés de moins de 30 ans. Nous avons nos propres styles et envie de rester nous-mêmes. Je ne suis pas un cas isolé. Ça compte pour moi de rester qui je suis car je m’exprime à travers ma cuisine, elle me ressemble, c’est ce qui fait qu’elle est unique.

Bon sur le plateau de Top Chef on a quand même entendu quelques réflexions. Sur les tatouages par exemple. Ça ne pose pas de problème à Michel Sarran, qui est lui-même tatoué d’ailleurs, mais Philippe Etchebest m’a dit qu’il trouvait ça « dégueulasse »… Il est encore un peu old school quoi ! (rires).

Après évidemment il y a des limites, si quelqu’un arrive dans ma cuisine avec des vêtements déchirés ou avec une hygiène douteuse je le renvoi chez lui direct ! 

 

- A : Quand j’ai parlé de cette interview à mes collègues, ils ont essayé d’imaginer ce que tu aimes dans la vie, simplement par rapport à ce que tu dégages. Je précise qu’à ce moment-là nous t’avions vu dans l’émission Top Chef mais qu’on ne te connaissait pas personnellement. Et on sait que ce qu’on voit de toi à la télé n’est pas forcement représentatif de qui tu es vraiment. Donc il se peut qu’ils soient complètement à côté de la plaque. Résultat : L’un pense que tu aimes le rock, les Harley et la musique classique.

- M : Oui c’est vrai j’aime les Harley. Mon Papa est un biker, mais un gentil biker. Il a un grand cœur, il fait partie d’une association très connue dans le monde qui protège les enfants contre les violences. Je rêverais d’avoir une Harley un jour, comme lui. Et pour la musique, oui j’aime le rock ! D’ailleurs si tu ouvres les portes de ma cuisine, là maintenant, tu en entendras. Et heuu, la musique classique (Je vois à la moue du Chef qu’il est plutôt perplexe)… Mais pourquoi ? (rires).

- A : Tu cuisines en musique ? C’est toi qui a eu cette idée ?

- M : Oui, depuis 3 ans que je suis Chef il y a de la musique dans la cuisine. Un jour j’ai mis du rock pour mettre mon équipe à l’aise… Et c’était magique ! Ça donne un feeling, ça détend tout le monde et en même temps ça donne du rythme au travail ! Par contre JE choisis les morceaux, personne ne touche à la musique à part moi ! (rires). Et bien sûr je coupe pendant le service car on se parle beaucoup.  

 cuisine Amandine LRX

 

- A : L’autre collègue imagine que tu aimes la culture Japonaise et les mangas.

- M : Exact ! En Australie on a énormément d’influences asiatiques, surtout à Sidney. J’ai beaucoup voyagé et le pays que j’ai le plus kiffé c’est le Japon. J’ai adoré leur culture et leur personnalité. Ils sont tellement respectueux de la nature, des produits et des gens… Ça a changé ma vie ! D’ailleurs la plupart de mes tatouages sont d’inspiration Japonaise. Mais, revers de la médaille, je n’ai pas eu le droit d’aller dans les Onsens et les Sentô (bains chauds Japonais) car les tatouages sont très mal vus au Japon, les gens en ont peur car c’est apparenté à la mafia et à la criminalité. Dans les Ryokans (logements traditionnels Japonais) aussi c’était compliqué je devais cacher mes tatouages. Mais mon voyage était incroyable ! Je ne suis plus le même depuis.

Et oui j’aime aussi les dessins animés ! Un peu moins les mangas mais les dessins animés et les marvels représentent l’univers des enfants pour moi, c’est magique !
- A : C’est quoi ton dessin animé préféré ?
- M :
C’est Toy Story, je suis hyper fan ! (Dit-il avec un grand sourire et les yeux qui brillent, un vrai gosse). Je voulais être dessinateur alors j’ai gardé une affection particulière pour cet univers.

- A : Tu dessines encore aujourd’hui ?

- M : Oui, je dessine toujours. D’ailleurs il y a peu de temps j’ai commencé à faire des graffitis. Par exemple j’ai graffé les murs des escaliers de la cuisine. C’est Monsieur Mounier (propriétaire et gérant du Chalet Mounier) qui m’a acheté les bombes.

graff Amandine LRX 1

 

- A : Dernière question : penses-tu rester encore quelques temps ici aux 2 Alpes ? Ou changer de ville / de pays ?

- M : Je ne bouge pas, je suis trop bien ici ! Si je partais maintenant j’aurais un sentiment d’inachevé.  C’est comme si je mettais un terme à une aventure avant d’avoir vécu la fin de l’histoire. Je ne suis pas prêt à refermer ce chapitre.

- A : Cool, on aura le temps de venir tester ta cuisine alors !

- M : Oui il faut ! Avec plaisir.

Mathew Hegarty ski Amandine LRX 1

Je ne croyais pas si bien dire… Quelques jours plus tard on s’est revus pour réaliser une vidéo sur sa vie aux 2 Alpes… que vous pourrez voir très bientôt ! 

À cette occasion on a suivi Mathew dans sa cuisine, au ski… et on a eu le bonheur de goûter aux plats de la brigade. C’était, comment dire... des sensations exquises, beaucoup de plaisir et d’onomatopées « Mmmm, Ooooh, Aaaahhh, moua, olalala » :) 

A très vite pour découvrir tout ça en vidéo !

 

 

Interview, texte et photos : Amandine Le Roux

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